Le théatre Nô (en japonais : Omote "visage")

Le théâtre Nô est l'un des aspects du théâtre  traditionnel japonais, fortement symbolique où la  scène, les costumes, les masques, les gestes, le texte et la musique sont codifiés comme un rituel  sacré.

La légende dit que ce théâtre est issu d'un spectacle donné par les Dieux pour faire sortir de sa grotte, Amaterasu, la déesse du soleil. En entendant des chants, celle-ci sortit de sa cachette, découvrit les autres dieux dansant au milieu des fleurs et des guirlandes et se joignit à eux.

Les fêtes religieuses étaient célébrées dans les campagnes pour s'attirer les bonnes grâces des dieux. Peu à peu, ces fêtes devinrent plus profanes, surtout à partir de l'arrivée du bouddhisme vers 650. Cette nouvelle forme de représentation s'appela le Gagaku (musique) et Bugaku (danse accompagnant le gagaku), puis Sangaku et Sarugaku.

A l'époque Muromachi (1336 - 1573) deux acteurs, le père et le fils, Kan'ami Kiyotsugu et Zeami Motokiyo, fixèrent de nouvelles règles à ce qui allaient devenir le théâtre Nô. Inspiré par la religion Zen, en plein essor, ils imposèrent des règles très strictes pour les costumes, les masques, la musique, la scène. En peu de temps, ils ont métamorphosé l'ancien Sarugaku en un art raffiné destiné à l'élite.

Les personnages du théatre Nô

  • Le Shite, l'acteur principal, exécute les danses et doit pouvoir jouer une vaste gamme de personnages
  • Le Waki, l'acteur secondaire a pour rôle d'interroger le shite et lui donner une raison de danser
  • Les Tsure, accompagnent de leur chant, soit le shite, soit le waki
  • Les Tomo n'ont qu'un rôle épisodique. Ce sont souvent des serviteurs
  • Le Kyôgen-shi est un rôle comique
  • Le Ji est un chœur qui peut prendre part directement à l'action en se substituant à un acteur pour certains chants, soit il est intemporel et doit exprimer le sentiment que l'action suggère
  • Le Kôken n'est pas un acteur. Mais il est essentiel au bon déroulement de la pièce. Assis au fond de la scène en costume de ville, il dispose à l'avance les objets nécessaires, les enlève lorsqu'ils n'ont plus d'utilité. En cas de besoin, il peut remplacer le Shite

Les masques

Tout l'art de l'acteur consiste à créer des jeux d'ombres et de lumières, par des mouvements et des inclinaisons de la tête, afin de donner à son masque des expressions différentes : tristesse, colère, sérénité,... selon les zones mises en avant : les yeux, le nez ou le coin des lèvres.

Dès le XVIème siècle (époque Momoyama), il existe une soixantaine de masques de Nô qui sont encore employés pour la plupart.

Plus petits que les visages des acteurs, ces masques réduisent beaucoup le champ de vision.

L'acteur utilise alors les piliers de la scène pour se situer.

On peut répartir les masques en 6 catégories :

  • Okina : ces masques datent d'avant la codification du Nô. Ils représentent des dieux très âgés et riants. La mâchoire n'est pas solidaire du reste du masque le distinguant ainsi des autres
  • Vieil homme : cette catégorie regroupe une grande variété de masques jouant sur l'implantation des cheveux, la présence ou non de barbe, des dents, des rides. L'impression dégagée permet de savoir qui se cache réellement derrière le masque : mortel, fantôme, dieu ou esprit
  • Démon : seuls les masques de démon femme ont des cornes. Ils peuvent avoir la bouche ouverte ou fermée, les expressions sont très puissantes.
  • Homme : c'est la catégorie la plus nombreuse et représente un type humain particulier : jeunesse, beauté,... et peuvent servir également à des êtres surnaturels (comme le vieil homme). Certains masques sont propres à un rôle particulier.
  • Femme : tout comme les masques d'hommes, ils peuvent exprimer un état particulier et servir à des êtres surnaturels. Mais ils sont moins nombreux que ceux des hommes.
  • Esprit vengeur : ces masques sont employés dès lors que la colère, la haine ou la jalousie deviennent prédominant, et ce que l'on soit un être vivant ou surnaturel. Ils ont en commun une coiffure ébouriffée et la dorure des yeux qui montre l'absence de retenue et la sauvagerie des émotions ressenties.

La scène

La scène est apparue bien après la mort de Zeami.

Le théâtre Nô se joue le plus souvent en plein air. Les spectateurs ne sont séparés des acteurs que par une simple estrade en bois légèrement surélevée.

A partir du XVIIème siècle, on prit l'habitude d'assister aux représentations dans un bâtiment en bois.

La scène (Butai) fait environ 6 mètres de côté et est surplombée d'un toit traditionnel, Shintô soutenu par 5 piliers en bois.

Un couloir ouvert relie la scène aux coulisses. Un rideau tendu sur une partie de ce couloir permet l'apparition discrète des acteurs sur scène. La décoration du fond est souvent un pin représenté de façon très simple.

Au fond de la scène se situent  les quatre musiciens (Hayashi) :

  • la flute : Fue
  • deux tambours moyens : Ô Tsuzumi et Ko Tsuzumi
  • un grand tambour : Taiko

Le cœur des récitants (Jiutai) se place à droite de la scène.

Enfin un escalier en bois à trois marches permet d'accéder à la salle après avoir franchi un espace rempli de pierre qui crée une barrière symbolique entre le monde imaginaire des acteurs et le monde réel des spectateurs.